🇺🇸 Le rugby aux États-Unis
Contrairement à une idée largement répandue, le rugby ne fait pas son apparition tardivement aux États-Unis. Son implantation est contemporaine de celle que connaît la France au XIXe siècle.
Le jeu arrive dans les bagages d'une poignée d'étudiants britanniques, issus de milieux aisés et venus poursuivre leurs études dans les prestigieuses universités américaines. Ils importent avec eux les pratiques sportives des universités britanniques, parmi lesquelles le jeu développé à l'université de Rugby.
Le rugby trouve cependant son principal terrain d'expression dans les universités de la côte Ouest. Berkeley, Stanford, UCLA ou encore Santa Clara deviennent progressivement des foyers importants de la pratique.
La situation géographique de la Californie constitue alors un avantage considérable. Les échanges avec les équipes du Pacifique permettent aux universités américaines de rester en contact avec un rugby international de haut niveau. Les tournées des All Blacks et des équipes australiennes comportent notamment des passages par la côte Ouest.
La première équipe américaine à véritablement attirer l'attention internationale n'est pourtant pas issue des universités. Elle est composée de militaires.
En 1919, quelques mois après la fin de la Première Guerre mondiale, les Jeux Interalliés sont organisés à Paris. Le rugby figure au programme et les représentants américains affrontent une sélection française particulièrement relevée.
Cette rencontre constitue néanmoins une étape importante. Le rugby américain dispose désormais d'une première expérience internationale et va rapidement chercher à franchir un nouveau cap.
L'année suivante, une véritable sélection nationale américaine est constituée. Les « All America » traversent l'Atlantique pour participer aux Jeux olympiques d'Anvers, en 1920.
Leur adversaire est déjà la France. Le résultat est sans appel : les Français s'imposent 8 à 0.
Mais au-delà du résultat, cette première apparition olympique confirme que les Américains disposent d'un potentiel réel. Leur puissance physique et leur capacité d'organisation impressionnent leurs adversaires.
La Fédération française de rugby décide alors de prolonger l'expérience en invitant les Américains à effectuer une tournée en France.
Les États-Unis remportent trois rencontres face à des sélections régionales avant de retrouver une nouvelle fois l'équipe de France à Colombes. La sélection française s'impose encore, mais le rugby américain vient de franchir une nouvelle étape.
Les défaites de 1920 n'ont pas découragé les Américains. Elles ont au contraire provoqué une réflexion sur la manière de construire une véritable équipe nationale.
La préparation devient beaucoup plus rigoureuse. La condition physique occupe une place centrale, tandis que les joueurs développent des combinaisons et des organisations inspirées notamment de certaines pratiques du football américain.
Le rugby américain entre alors dans une nouvelle dimension : préparation physique, organisation collective et découpage des phases de jeu témoignent d'une volonté claire de rivaliser avec les grandes nations européennes.
Devant près de 50 000 spectateurs, les États-Unis affrontent une nouvelle fois la France. Cette fois, les rapports de force se sont inversés : les Américains dominent les Français et remportent la rencontre.
Cette victoire constitue l'aboutissement de plus de vingt années d'implantation et de développement du rugby américain.
Les États-Unis viennent de démontrer qu'ils peuvent rivaliser avec les meilleures nations du moment. Pourtant, au moment même où le rugby américain atteint son sommet olympique, son avenir international va être profondément bouleversé.
En 1924, le rugby est retiré du programme des Jeux olympiques.
Pour une nation comme les États-Unis, qui avait fait des Jeux l'un des principaux rendez-vous de sa jeune histoire internationale, la conséquence est considérable.
Le rugby américain perd une compétition internationale majeure, mais surtout un espace de visibilité qui lui permettait de mesurer ses progrès face aux grandes nations du rugby.
Le coup est d'autant plus sévère que les Américains viennent précisément de démontrer, à Paris, qu'ils ont atteint un niveau capable de leur permettre de battre la France.
Il est évidemment impossible de refaire l'histoire. Mais une question demeure : quelle aurait été la place du rugby américain dans le monde si les États-Unis avaient conservé, dans les décennies suivantes, le statut de grande nation qu'ils avaient acquis au début des années 1920 ?
La puissance universitaire américaine, l'importance du sport dans la société et les moyens considérables dont disposent les États-Unis auraient pu offrir au rugby un développement tout autre.
L'histoire du rugby américain rappelle ainsi qu'une grande nation sportive ne se construit pas seulement autour de la pratique. Elle dépend également des compétitions auxquelles elle peut participer, de la reconnaissance internationale dont elle bénéficie et des occasions qui lui sont offertes de poursuivre son développement.
