polémique coupe du monde de rugby
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Coupe du Monde 2007 : l’arbre qui cache la forêt…..

Bilan compte du monde de rugbyAu moment où la 6ième Coupe du Monde se termine, il est bon de tirer un premier bilan.

Si on en croit la presse française, c’est un succès inouï, un triomphe pour le rugby. Malgré la défaite de l’équipe de France, on annonce des taux d’audience records et des bénéfices formidables. A SpiritRugby, on est beaucoup plus mesuré, voire un poil méfiant, face à cet unanimisme de circonstance.

Côté audience

Concernant les taux d’audience TV, on oublie de préciser que les records enregistrés (14 à 20 millions) ne concernent que la France. Et c’est là, le drame de cette Coupe du Monde ! Hormis l’hexagone, cette Coupe du Monde n’a suscité aucun engouement à l’étranger. Si on excepte l’Angleterre toute proche, le reste du monde a été aux abonnés absents. Tous les témoignages des amoureux du rugby, expatriés aux quatre coins du monde, le confirment.

Dramatique aura été l’absence de retransmission sur le continent nord-américain, pourtant bien doté en Networks. Difficile de savoir pourquoi : une histoire de droits TV apparemment. Quel gâchis ! Alors que les USA et le Canada alignaient des équipes respectables et en devenir. Sans parler du nombre de pratiquants chez eux qui est un des plus élevé au monde.

Malgré les communiqués tartuffes, le succès sportif de l’équipe d’Argentine n’aura pas réussi à déclencher le moindre engouement dans le pays, encore moins dans le continent sud-américain (à peine 300 personnes à l'aéroport pour les accueillir en guise de liesse populaire).

En Asie, c’était le clame plat. La Coupe du Monde est restée reléguée au rang des sports confidentiels dans les médias.

En Océanie, le bilan est très mitigé. La tête de gondole que constitue la Nouvelle Zélande a connu la plus grande désillusion sportive de son histoire (éliminée dés les ¼ de finale). Déjà que ce pays ne compte que 4 millions d’habitants, faut-il le rappeler, les taux d’audiences n’ont pas fait long feu. Pire, la défaite a mis à mal le meilleur ambassadeur du rugby à XV que forme le mythe « All Black ». On savait déjà que le soccer devenait un sérieux concurrent là-bas (avec un nombre de licenciés plus important que le rugby) cela risque d’accentuer les choses.
En Australie, c’est pire ! La défaite en ¼ a compliqué encore plus les choses. Déjà largement étouffé par le XIII (440 000 à XIII pour 65 000 licenciés à XV), le rugby des quinzistes continue de plonger. Il est en passe d’être relégué au 4ième rang des sports d’équipe derrière le XIII, le cricket, le footy et le soccer. Avec seulement 19 millions d’habitants (là aussi !), il est fort à parier que le taux d’audience des Wallabis, pendant cette Coupe, n’a pas cassé des pattes à un canard !

En Afrique, c’est vite vu ! Le rugby n’intéresse quasiment personne à part l’Afrique du Sud et ses anciennes colonies limitrophes (Namibie et Zimbabwe). Si on relativise, en rappelant que la population noire se ne sent pas solidaire (sauf dans la victoire évidemment), le rugby reste la passion d’environ 10 % de la population totale soit moins de 5 millions de blancs.

Reste l’Europe. Et là aussi, c’est vite vu car l’audience se limite à la France et la Grande Bretagne. En étant volontariste, on rajoutera les centaines de milliers de téléspectateurs de circonstances du Portugal et de l’Italie, mais bien éphémères.

Bref, la Coupe du Monde n’a pas rayonné sur la planète, c’est une certitude. On est, de toute façon, très loin d’un événement planétaire au niveau sportif.

Ballon Coupe du monde rugby 2007

Côté chiffres

Les communiqués triomphalistes sont, là aussi, à relativiser.

En dépit des records d’audience français, TF1 ne réalise qu’une modeste plus-value. Sans doute moins de 10 millions d’euros sur les 85 que la chaîne a aligné pour obtenir les droits. Il fait dire que la chaîne n’a diffusé que 22 matchs sur les 48 qui ont eu lieu.

L’arrivée de 400 000 étrangers en France n’aura eu qu’un effet minime sur l’économie touriste dans son ensemble. Un bel « été indien », sans plus ! Et seulement dans des villes précises. Le 1 point de croissance de l’économie française est pur fantasme. Sinon en faisant une équation proportionnelle, combien feraient les dizaines de millions de touristes par an : 50 points ???

Le vrai succès est à trouver dans le taux de fréquentation des stades : 2,25 millions de tickets vendus. Un véritable exploit ! Surtout vu le déséquilibre de niveau des équipes pour certaines affiches. Malheureusement, tous les prévisionnistes l’affirment : « c’est exceptionnel ! » et on a du mal à croire que cela se reproduira, lors de la prochaine édition, en nouvelle Zélande. Elle-même demande à revenir à 16 équipes contre 20 actuellement.

Et que dire du grand scandale des bénéfices générés par cette Coupe du Monde. 85% iront à l’IRB . Le pays organisateur doit se contenter de miettes. Une vraie gifle pour les villes qui ont accepter accueillir les équipes. On croise les doigts pour elles, en espérant que les bénéfices touristes auront comblé les subventions publiques.

Côté sportif

Cette Coupe du Monde aura t ‘elle été un succès sur le plan de jeu ? A SpiritRugby, on considère que NON !
Jugez vous-même : 2478 points inscrits durant cette édition. Soit 357 points de moins que l’édition précédente de 2003. Le nombre de 243 points en phases finales représente le plus faible après celui de 1991. Pour les essais, on est à 296, soit 36 de moins qu’en 2003.

Ne parlons pas du jeu au pied qui a complètement pourri cette édition. Tout a été fait pour tuer les portés de ballon, surtout en phase finale. On a eu l’impression de participer à une Coupe du Monde de football australien pour ceux qui connaissent. L’Angleterre aura brillé par sa très faible moyenne de points par match et l’Argentine par des prestations peu alléchantes, voire limites dans le comportement.

Bilan

Au final, on est donc en droit de se demander si cette Coupe du Monde aura mieux servi la cause du Rugby à XV. Au niveau français, sans doute. Mais au niveau mondial, sûrement pas ! Et ce n’est pas les efforts que souhaite intensifier le Board vers le rugby des îles du pacifique qui risquent de changer grand chose. D’abord parce que ces îles ne concernent que des poussières d’habitants au niveau mondial mais surtout parce que leurs fédérations (seules garantes de la bonne redistribution des subventions) sont aféodées à des régimes dictatoriaux et corrompus. On pourrait dire la même chose des mœurs de la fédération de l’Argentine pourtant demi-finaliste.

Autre conséquence malheureuse qui se profile à l’horizon : la « régionalisation » du XV sur la planète. Avec le succès français, il est fort à parier que notre hexagone deviendra un paradis du XV au détriment des autres nations. Les joueurs étrangers affluent déjà en masse, mettant en péril l’intégration de nos jeunes pousses françaises. Cette saison, on annonce 22 joueurs étrangers sur 34 au Racing Club de Toulon qui est pourtant en Pro D2. L’Angleterre semble emboîter le pas. Résultat fâcheux, le fameux rugby néo-zélandais commence à voir partir ses meilleurs éléments en Europe au risque d’appauvrir son équipe nationale.

On le voit, au-delà des effets d’annonce, le rugby à XV est loin de pouvoir se targuer de la réussite de sa Coupe du Monde. Et les responsables du Board devraient plus se soucier du pain qu’ils ont sur la planche plutôt que de l‘oseille qu’ils ont dans leur poche.

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© Article de Belette - Oct 2007