Au
moment où la 6ième Coupe du Monde se termine,
il est bon de tirer un premier bilan.
Si on en croit la presse française,
c’est un succès inouï, un triomphe
pour le rugby. Malgré la défaite de l’équipe
de France, on annonce des taux d’audience records
et des bénéfices formidables. A SpiritRugby,
on est beaucoup plus mesuré, voire un poil méfiant,
face à cet unanimisme de circonstance.
Côté
audience
Concernant les taux d’audience
TV, on oublie de préciser que les records enregistrés
(14 à 20 millions) ne concernent que la France.
Et c’est là, le drame de cette Coupe du
Monde ! Hormis l’hexagone, cette Coupe du Monde
n’a suscité aucun engouement à l’étranger.
Si on excepte l’Angleterre toute proche, le reste
du monde a été aux abonnés absents.
Tous les témoignages des amoureux du rugby, expatriés
aux quatre coins du monde, le confirment.
Dramatique aura été l’absence
de retransmission sur le continent nord-américain,
pourtant bien doté en Networks. Difficile de
savoir pourquoi : une histoire de droits TV apparemment.
Quel gâchis ! Alors que les USA et le Canada alignaient
des équipes respectables et en devenir. Sans
parler du nombre de pratiquants chez eux qui est un
des plus élevé au monde.
Malgré les communiqués
tartuffes, le succès sportif de l’équipe
d’Argentine n’aura pas réussi à
déclencher le moindre engouement dans le pays,
encore moins dans le continent sud-américain
(à peine 300 personnes à l'aéroport
pour les accueillir en guise de liesse populaire).
En Asie, c’était le clame
plat. La Coupe du Monde est restée reléguée
au rang des sports confidentiels dans les médias.
En Océanie, le bilan est très
mitigé. La tête de gondole que constitue
la Nouvelle Zélande a connu la plus grande désillusion
sportive de son histoire (éliminée dés
les ¼ de finale). Déjà que ce pays
ne compte que 4 millions d’habitants, faut-il
le rappeler, les taux d’audiences n’ont
pas fait long feu. Pire, la défaite a mis à
mal le meilleur ambassadeur du rugby à XV que
forme le mythe « All Black ». On savait
déjà que le soccer devenait un sérieux
concurrent là-bas (avec un nombre de licenciés
plus important que le rugby) cela risque d’accentuer
les choses.
En Australie, c’est pire ! La défaite en
¼ a compliqué encore plus les choses.
Déjà largement étouffé par
le XIII (440 000 à XIII pour 65 000 licenciés
à XV), le rugby des quinzistes continue de plonger.
Il est en passe d’être relégué
au 4ième rang des sports d’équipe
derrière le XIII, le cricket, le footy et le
soccer. Avec seulement 19 millions d’habitants
(là aussi !), il est fort à parier que
le taux d’audience des Wallabis, pendant cette
Coupe, n’a pas cassé des pattes à
un canard !
En Afrique, c’est vite vu ! Le
rugby n’intéresse quasiment personne à
part l’Afrique du Sud et ses anciennes colonies
limitrophes (Namibie et Zimbabwe). Si on relativise,
en rappelant que la population noire se ne sent pas
solidaire (sauf dans la victoire évidemment),
le rugby reste la passion d’environ 10 % de la
population totale soit moins de 5 millions de blancs.
Reste l’Europe. Et là
aussi, c’est vite vu car l’audience se limite
à la France et la Grande Bretagne. En étant
volontariste, on rajoutera les centaines de milliers
de téléspectateurs de circonstances du
Portugal et de l’Italie, mais bien éphémères.
Bref, la Coupe du Monde n’a pas
rayonné sur la planète, c’est une
certitude. On est, de toute façon, très
loin d’un événement planétaire
au niveau sportif.

Côté
chiffres
Les communiqués triomphalistes
sont, là aussi, à relativiser.
En dépit des records d’audience
français, TF1 ne réalise qu’une
modeste plus-value. Sans doute moins de 10 millions
d’euros sur les 85 que la chaîne a aligné
pour obtenir les droits. Il fait dire que la chaîne
n’a diffusé que 22 matchs sur les 48 qui
ont eu lieu.
L’arrivée de 400 000 étrangers
en France n’aura eu qu’un effet minime sur
l’économie touriste dans son ensemble.
Un bel « été indien », sans
plus ! Et seulement dans des villes précises.
Le 1 point de croissance de l’économie
française est pur fantasme. Sinon en faisant
une équation proportionnelle, combien feraient
les dizaines de millions de touristes par an : 50 points
???
Le vrai succès est à
trouver dans le taux de fréquentation des stades
: 2,25 millions de tickets vendus. Un véritable
exploit ! Surtout vu le déséquilibre de
niveau des équipes pour certaines affiches. Malheureusement,
tous les prévisionnistes l’affirment :
« c’est exceptionnel ! » et on a du
mal à croire que cela se reproduira, lors de
la prochaine édition, en nouvelle Zélande.
Elle-même demande à revenir à 16
équipes contre 20 actuellement.
Et que dire du grand scandale des bénéfices
générés par cette Coupe du Monde.
85% iront à l’IRB . Le pays organisateur
doit se contenter de miettes. Une vraie gifle pour les
villes qui ont accepter accueillir les équipes.
On croise les doigts pour elles, en espérant
que les bénéfices touristes auront comblé
les subventions publiques.
Côté
sportif
Cette Coupe du Monde aura t ‘elle
été un succès sur le plan de jeu
? A SpiritRugby, on considère que NON !
Jugez vous-même : 2478 points inscrits durant
cette édition. Soit 357 points de moins que l’édition
précédente de 2003. Le nombre de 243 points
en phases finales représente le plus faible après
celui de 1991. Pour les essais, on est à 296,
soit 36 de moins qu’en 2003.
Ne parlons pas du jeu au pied qui a
complètement pourri cette édition. Tout
a été fait pour tuer les portés
de ballon, surtout en phase finale. On a eu l’impression
de participer à une Coupe du Monde de football
australien pour ceux qui connaissent. L’Angleterre
aura brillé par sa très faible moyenne
de points par match et l’Argentine par des prestations
peu alléchantes, voire limites dans le comportement.
Bilan
Au final, on est donc en droit de se
demander si cette Coupe du Monde aura mieux servi la
cause du Rugby à XV. Au niveau français,
sans doute. Mais au niveau mondial, sûrement pas
! Et ce n’est pas les efforts que souhaite intensifier
le Board vers le rugby des îles du pacifique qui
risquent de changer grand chose. D’abord parce
que ces îles ne concernent que des poussières
d’habitants au niveau mondial mais surtout parce
que leurs fédérations (seules garantes
de la bonne redistribution des subventions) sont aféodées
à des régimes dictatoriaux et corrompus.
On pourrait dire la même chose des mœurs
de la fédération de l’Argentine
pourtant demi-finaliste.
Autre conséquence malheureuse
qui se profile à l’horizon : la «
régionalisation » du XV sur la planète.
Avec le succès français, il est fort à
parier que notre hexagone deviendra un paradis du XV
au détriment des autres nations. Les joueurs
étrangers affluent déjà en masse,
mettant en péril l’intégration de
nos jeunes pousses françaises. Cette saison,
on annonce 22 joueurs étrangers sur 34 au Racing
Club de Toulon qui est pourtant en Pro D2. L’Angleterre
semble emboîter le pas. Résultat fâcheux,
le fameux rugby néo-zélandais commence
à voir partir ses meilleurs éléments
en Europe au risque d’appauvrir son équipe
nationale.
On le voit, au-delà des effets
d’annonce, le rugby à XV est loin de pouvoir
se targuer de la réussite de sa Coupe du Monde.
Et les responsables du Board devraient plus se soucier
du pain qu’ils ont sur la planche plutôt
que de l‘oseille qu’ils ont dans leur poche.